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MAALE ADUMIM

 


Maale Adumim, l'implantation de Cisjordanie qui nourrit des rêves de grandeur


"D’ici un an, la plupart des Israéliens seront venus dans la ville au moins une fois", affirme le maire

C’est un dôme métallique aux allures de soucoupe volante posée en plein désert. A l’intérieur, le premier parc d’attractions couvert du pays, sorte de Disneyland hi-tech mêlant sensations fortes et réalité virtuelle. Quelques mètres plus loin, un centre commercial pharaonique d’un nouveau genre, inspiré de l’architecture d’un hôtel de Las Vegas, qui en plus de ses centaines de boutiques se veut un lieu de détente et de loisirs comme on en trouve dans les riches émirats. Non, nous ne sommes pas en banlieue de Tel-Aviv ou dans une autre grande agglomération du pays, mais bien dans la zone industrielle de la ville de Maale Adumim, en Cisjordanie. Un nom qui a occupé les gros titres du pays il y a tout juste un an, alors que l’annexion par le gouvernement Netanyahou de certains grands blocs situés au-delà de la Ligne verte - avalisée par l’administration Trump - semblait plus imminente que jamais. 

L’entreprise de normalisation de Maale Adumim

Maale Adumim, troisième localité de Cisjordanie, était donc sur les starting-blocks. Plus rien ne semblait devoir entraver la destinée qu’elle se trace depuis plusieurs décennies : celle d’une ville à quelques encablures de Jérusalem faisant partie intégrante d’Israël, forte des avantages qu’offre la proximité avec la capitale, tout en proposant à ses résidents une certaine qualité de vie et un immobilier meilleur marché. 

Cette vision est avant tout celle de son maire, Benny Kashriel, en poste depuis 1992. Ce likoudnik de la première heure raconte à i24NEWS qu’il a eu un véritable coup de foudre pour cette implantation érigée en 1975 sous le gouvernement Rabin, et qui a acquis le statut de ville en 1991. "La décision de construire Maale Adumim a été prise par un gouvernement de gauche car cela répondait à une nécessité sécuritaire. Itshak Rabin voyait dans ce site à la porte du désert de Judée, un point de peuplement stratégique entre Jérusalem et la vallée du Jourdain. Ses considérations n’étaient absolument pas idéologiques", souligne-t-il.

Si Benny Kashriel, lui, a la ferme conviction que toute la Cisjordanie devrait être rattachée à l’Etat hébreu, il rejoint l’ancien Premier ministre travailliste dans son pragmatisme. Son objectif depuis près de 30 ans : faire de Maale Adumim une localité à l’image de toutes les grandes villes du pays, sans barbelés ni barrière de sécurité, capable d’intégrer religieux et non-religieux, pourvoyeuse d’emplois et indépendante financièrement. Sur ce dernier point, l’édile précise que seul 6% du budget de la municipalité dépend aujourd’hui du gouvernement, contre 38% lors de sa première élection.

Volonté et foi déplacent des montagnes : telle est en substance la devise de Benny Kashriel, qui passe une grande partie de son temps à convaincre investisseurs et entrepreneurs de miser sur Maale Adumim, comme il l’a fait pour le centre commercial et le parc de loisirs dont la facture totale s’élève à 400 millions de shekels. Avec ces deux attractions qui ouvriront leurs portes dans quelques semaines, couplées à l’ouverture d’un hôtel, le maire a désormais l’ambition de faire de Maale Adumim un véritable pôle touristique entre Jérusalem et la mer Morte. A l’en croire, d’ici un an, 80% des Israéliens seront venus dans la ville au moins une fois… 

Une annexion inévitable ? 

On l’aura compris, Benny Kashriel est bien trop occupé pour s’appesantir sur l’annexion qui n’a finalement pas eu lieu. Sa priorité ? Bâtir et bâtir encore, répète cet homme patient qui a prouvé que le temps était son meilleur allié. Plutôt qu’une initiative unilatérale impliquant de grands effets d’annonce comme il en était question il y a un an, le maire a opté pour une approche plus stratégique façon "soft power". Il avance ses pions lentement mais sûrement pour développer l’implantation et son attractivité, de manière à lui donner un poids qui alimente sa légitimité sur la scène nationale et internationale. Avec, en toile de fond, cette équation très simple : plus la localité sera étendue, plus elle assurera sa pérennité et renforcera son statut de ville israélienne à l’égal de toutes les autres. "Maale Adumim compte aujourd’hui 42.000 habitants et en comptera plus de 50.000 d’ici cinq ans. Aucun dirigeant ne décidera jamais de l’évacuer, c’est une question de bon sens. Cela coûterait plusieurs dizaines de milliards de shekels", explique Benny Kashriel.

Des plans de développement, la ville n’en manque pas. 800 unités de logement sont en train d’être érigées bientôt suivies par 700 autres, tandis qu’un nouveau quartier sortira de terre l’année prochaine. Quant à la construction dans la très controversée zone E1 - zone tampon de 12 km2 reliant Jérusalem à Maale Adumim -, perçue par la communauté internationale comme un obstacle géographique à un futur Etat palestinien, les plans pour y bâtir 4.000 logements n’attendent que le feu vert du gouvernement. "J’espère que nous aurons un jour un Premier ministre courageux qui se préoccupera plus de l’intérêt d’Israël et moins de ce que pensent les Palestiniens", dit Benny Kashriel à i24NEWS. 

A en croire l’édile, il y a toutefois peu de chances pour que ce soit Naftali Bennett, pourtant premier défenseur du "Grand Israël" : "Il est venu de nombreuses fois à Maale Adumim et j’ai d’excellentes relations avec lui. Il a certes toujours dit que la ville devrait être rattachée à Israël, mais pour l’instant ce ne sont que des déclarations. Par ailleurs, sa marge de manœuvre à la tête de l’actuel gouvernement est très limitée. Toutes les décisions qui sont prises sont motivées par le seul objectif d’assurer la survie de la coalition." 

Que l’annexion soit l’initiative du gouvernement Bennett ou d’un autre, Benny Kashriel ne doute pas une seule seconde qu’elle aura lieu, tôt ou tard. "Maale Adumim fait l’objet d’un consensus. Les gouvernements de gauche comme de droite ont poursuivi sa construction, et les dirigeants de tous bords ont toujours considéré que la ville serait un jour légalement rattachée à Israël. Même Itshak Rabin avait dit à Yasser Arafat lors des négociations pour les accords d’Oslo que le 'grand Jérusalem' dont Maale Adumim fait partie, n’était pas négociable. Plus tard, en 2003, l’initiative de Genève cosignée par le travailliste Yossi Beilin, vice-ministre des Affaires étrangères de l’époque, et le ministre palestinien Yasser Abd Rabbo, stipulait clairement que l’Etat palestinien qui se profilait inclurait toute la Cisjordanie sauf une ville : Maale Adumim", assure le maire. 

Quid des allégations selon lesquelles l’annexion de pans de la Cisjordanie par Israël a été sacrifiée sur l’autel des accords d’Abraham ? "Faux", affirme l’édile, qui évoque plutôt le résultat de pressions internationales diverses. "Ces accords mentionnent la création d’un Etat palestinien mais ne font aucunement référence à l’application de la souveraineté israélienne sur la Judée-Samarie", dit-il.

Alors qu’un nouveau projet de loi sur l’annexion de pans de la Cisjordanie rédigé par l’opposition fait parler de lui, Maale Adumim continue à gagner du terrain sur le désert, loin de l’agitation politique. Et guette patiemment son heure.

SOURCE : i24NEWS.

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